Education 2.0

L’éducation ne s’arrête pas à la sortie de l’école, c’est un processus continu qui se développe tout au long de la vie. Ce savoir s’acquiert quotidiennement au travail.
Les entreprises ne s’y trompent pas et proposent souvent des formations pour compléter le savoir-faire de l’employé, pour qu’il s’adapte aux évolutions constantes de son métier.
Tout du moins en théorie. En effet pour la grande majorité l’éducation supérieure s’arrête à l’entrée de la vie active.

Les plus motivés n’avaient alors d’autres choix que de s’inscrire aux cours du soir qui présentent trois désavantages majeurs. Le premier concerne le temps : horaires des cours, fréquences, durées. Autant de contraintes peu compatibles avec d’autres activités telles une vie de famille ou une pratique sportive régulière. Ensuite vient la problématique du lieu et de l’offre. L’avantage est bien sûr aux grandes villes avec une commodité de temps de trajet et une forte diversité des formations. Enfin, le nerf de la guerre étant toujours l’aspect financier, il demeure non négligeable même si le public visé est généralement déjà en situation d’emploi.

La généralisation d’internet bouleverse de plus en plus cette situation. Le lieu d’apprentissage transite alors de l’amphithéâtre vers son propre salon. L’apprentissage s’individualise, le rythme s’adapte à l’apprenant, la pédagogie change. Cette auto-formation en ligne peut prendre la forme d’une ressource accessible à tous, librement et gratuitement, ou s’approcher de plus en plus d’un modèle universitaire avec obtention d’un diplôme à la fin.

Il y a encore quelques années, apprendre sur internet signifiait rebondir de pages web en pages web à la cueillette d’informations de qualité diverses sans que l’on connaisse forcément la légitimité de l’auteur et la source de ce savoir. Une première évolution vit le jour sous la forme de tutoriels et même de petits cours écrits par un particulier et diffusés en ligne.
L’information, déjà foisonnante, n’était donc disponible que sous forme peu structurée et sans être totalement digne de confiance.

C’est là que naquit le concept d’encyclopédie participative en ligne. Finis les épais volumes de savoir figés comme le Quid, arrêté dès 2007 malgré une tentative de rebond grâce à un site Internet. Plus emblématique, l’Encyclopædia Universalis a dû mettre fin à son édition papier en 2012 et même ses versions numériques (CD/DVD et site internet par abonnement) n’ont pu éviter son déclin et un dépôt de bilan fin octobre 2014. L’encyclopédie est morte, vive l’encyclopédie du XXIème siècle : le wiki. Son fer de lance est bien sûr Wikipédia. Ce nouveau modèle bouleversa le statu quo en proposant une information en constante évolution, écrite par la communauté au lieu d’une poignée de personnes, multilingue, modifiable par tous et librement accessible dans son intégralité. Cette évolution qui coexiste avec le modèle des pages web disparates, présente aussi quelques défauts. Sa plus grande force est aussi sa plus grande faiblesse. Dès lors que tout le monde peut modifier le contenu d’un article, toutes les dérives sont possibles (désinformation, biais, manipulation, censure et autres). Wikipédia tente d’y faire face en protégeant certains articles sujets à controverse et de manière générale en veillant au grain grâce à sa communauté de modérateurs. Il n’empêche, ce système est manuel et faillible, et ce en particulier pour des articles peu exposés dans des langues moins répandues que l’anglais, l’espagnol ou le français. Un autre défaut, dans le cadre d’une auto-formation, est la navigation de liens en liens. Le principe est très utile pour explorer rapidement un sujet et ses ramifications, toutefois il est très aisé de se perdre. Il n’y a pas de fil conducteur, chacun se fait sa propre exploration. Enfin, bien que gratuit, Wikipedia a des frais de fonctionnements qu’il faut financer, d’où les appels aux dons annuels. Est-ce que ce système sera toujours viable dans dix ans ?

Récemment, un autre modèle s’est installé sans remplacer les moyens d’accès à l’information existants. La formation en ligne pour tous, plus connue sous sa terminologie anglaise Massive Open Online Course (MOOC), propose une nouvelle voie pour l’auto-formation. C’est la plus aboutie à ce jour. Aux Etats-Unis, là où le phénomène a pris le plus d’ampleur, les trois principales plateformes sont Udacity, Coursera et EdX. En France, on notera que le populaire « Site du Zéro » est devenu « Open Classrooms » pour refléter sa nouvelle orientation vers les MOOC. Le gouvernement a aussi lancé la France Université Numérique (FUN) fin 2013 avec près de 400000 inscrits et plus de 50 cours en ligne. De plus en plus d’universités dans le monde et en France commencent aussi à proposer certains de leurs cours en ligne. Depuis peu même les entreprises se lancent sur ce créneau avec en première ligne Google. En France, Orange et BNP Paribas montrent l’exemple.

Pour illustrer le fonctionnement de ce genre de MOOC, prenons l’exemple d’EdX. Cette plateforme propose de vrais cours par des professeurs venant de multiples universités américaines (dont Harward et le MIT). La particularité d’EdX est d’être une organisation à but non lucratif. Contrairement à d’autres plateformes, les cours proposés peuvent être joints à tout moment. Il est toutefois conseillé de faire le cours pendant la période officielle d’ouverture pour bénéficier des échanges avec les autres étudiants et les professeurs (par forum ou par visio-conférence). EdX propose deux manières d’accéder à un cours : soit totalement librement soit avec un certificat à la fin, ce dernier nécessitant alors une contribution financière. Les cours sont surtout sous forme de vidéos parfois complétées par des documents écrits. Des exercices sont aussi proposés avec correction automatique et immédiate. L’ensemble est conçu de manière à être facilement consommé et digéré, les vidéos durent généralement moins de dix minutes. Du point de vue pédagogique, les enseignants (seul ou en équipe) essayent aussi de construire des contenus non linéaires, où l’étudiant peut sauter un chapitre ou les étudier dans le désordre. On est loin du cours magistral où pendant une heure les étudiants subissent le cours et son rythme. Dans certains cours l’étudiant est invité à prendre part à des sondages, des quizz ou même d’écrire un court texte. Dans ce dernier cas le nombre élevé d’étudiants empêchent une correction par l’équipe pédagogique, c’est donc une correction par les pairs qui est faite. Enfin les étudiants peuvent aussi participer via des retours d’expérience ou des commentaires, créant ainsi un sens de la communauté au sein du groupe. Sur un autre plan, le nombre d’inscrits impressionnants de ces MOOCs est à relativiser par les taux d’abandon situés autour de 90%, même s’il est difficile de comparer ce chiffre aux universités classiques tant le fonctionnement et le public diffèrent.

En résumé aujourd’hui il n’a jamais été aussi facile de s’instruire en ligne, que ce soit par le biais de simples pages web en passant par des tutoriels et des wikis ou de manière plus approfondie par des MOOCs. Si pour l’instant cette éducation passe en grande partie par un ordinateur, l’ubiquité annoncée des objets connectés apportera là aussi de grandes évolutions dans la façon d’apprendre et de se former, comme le commence déjà le Royaume-Uni [1][2].

[1] UK launches ambitious online university project with 21 institutions listed
[2] Open Research Online Educating the Internet-of-Things

Cet article va paraître dans le journal des anciens ingénieurs de l’ENSICAEN.

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